Saloua
Ce pourrait être l'Afrique, parce qu'une telle immensité, n'existe qu'en Afrique, qui elle seule livre ce sens du déchirement et de la distorsion des croyances jusqu'à l'abîme de la sensation de perte de soi ... quelque part sur un chemin de chaleur qui brîle le cou de sableuse sueur, avec cette eau si rare au front pourtant si salée et si nocive pour le cerveau ou pour le ventre ... et puis ces mouements qui tournent, autour du centre névralgique de l'origine, pour révéler tout à la fois le plaisir intense, l'énergie unique, la pâleur de l'externe au regard de ces yeux du dedans à la couleur si riche !
Oh ces vagues sombres qui bruissent à peine, qui viennent lécher la côte qui protège le pays de ton coeur, le paysage pas sage de tes désirs intimes d'au-delà ... il y a du toi, de l'elle dans ce roc balayé de vents et de marées, qui rient en se fracassant pour produire plus grande qu'elles-mêmes ... Ce n'est pas si simple d'accepter cette atomisation de soi pour constituer, dans le grand patchwork du monde en cours, de l'horloge qui tourne, sa réactivation en femme ... Il n'y a d'ailleurs que toi, poursuivie, admirée, défiée, malmenée, introvertie, bannie, sulfurisée, aimée qui puisse porter au frontispice du monumental édifice de ton dévouement ces quelques traces de désintégration sablonneuse, de liquéfaction vitale, comme on dirait du féminin qu'il est la condition de ce que je suis, non son opposé ou sa différence : son paysage, l'ultra-désir révélé de son pays passé au tamis de mes désirs d'homme humble et mortel, la goutte unique au fond de la borie pour qui a le regard trouble ... Ah ! J'y suis, je sens l'herbe brûler mon épiderme qui ne daigne pas saigner pour expulser au-dehors ... tant pis, je roule, je dévale comme d'autres sentent l'aube les envelopper pour mieux les emporter sans soufrance ... je resterai donc là, las, laminé de ces explosions internes du moi, du mois de décembre ou de cendres et de mais injonctifs on ne se relève jamaisplus que pour fêter la page qui se tourne ...
Ce pourrait être aussi un petit coin du Mexique, parce qu'une telle intensité immense, ce ne peut-être qu'ailleurs de soi, parce qu'il est trop dur, souvent, d'être le réceptacle conforme et normé de cette entité inodorante qu'on appelle identité, parce qu'il est plus facile d'être de là-bas que de vouloir être ici ; et te revoilà toi, qui n'est ni d'ici, nid d'ici d'où s'estompe la vie qui glisse jusqu'au sol, ni d'ailleurs ...
Et nous deux comme le choc des continents incontinents, qui rêvent de verser l'eau originelle par les neuf torrents à boire, qui vont un à un livrer les mondes de ce monde, comme d'autres livres empruntent les autres veines de cet univers bourbeux pour faire de la modeste terre dont nous sommes, ce que je suis, à toi, pour toujours.
Librement composé à l'écoute de "Saloua" 'Erik Truffaz.
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